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Ce que les lieux disent :

Namur Magazine n°55

 

 LA BATELLERIE AU FIL DES SIECLES

 

 

Dans un futur qu'on espère assez proche, le Musée archéologique quittera la Halle al'Chair pour les locaux de l'ancienne Ecole des Bateliers. Cette profession fut florissante à Namur autrefois, et son évocation, loin d'être anecdotique, permet d'aborder (tiens, un terme de navigation...) certains aspects essentiels de l'histoire de la ville, qui furent âprement discutés.

 

Restant fidèles à l'esprit de cette chronique, interrogeons-nous d'abord sur le sens des mots : « batellerie », qui désigne la navigation fluviale, vient bien sûr de « bateau ». Celui-ci dériverait (ô cruelle ironie du sort...) de l'anglo-saxon bât lequel, en anglais moderne, a évolué en boat dont chacun sait qu'il a le même sens que le mot français. Le latin utilisait le mot navis et ses dérivés qui ont donné « navire », « navigation », etc., mais aussi « nef » mot qui va longtemps rester chez nous le plus couramment utilisé pour désigner tous types d'embarcations jusqu'aux grands vaisseaux (tiens tiens...) de maçonnerie et de charpente des nefs d'églises...


Le site occupé par Namur est privilégié, au confluent d'un fleuve et d'une rivière importante, dont la réunion ménage une crête rocheuse propre à la fortification et qui sont bordés de vastes plaines fertiles. Toutes les conditions requises pour y fonder un établissement humain durable y sont présentes. Les cours d'eau y imprègnent le paysage mais le rôle exact qu'ils ont joué dans la naissance et le développement de la localité agite les historiens depuis longtemps. Pour des raisons historiques (la mainmise liégeoise sur la rive droite de la Meuse), Namur est restée une ville de la Sambre. En 1930 néanmoins, dans un article célèbre, intitulé La Meuse et le pays mosan en Belgique. Leur importance avant le XIIIème siècle, Félix Rousseau, prenant prétexte de la distance à peu près constante (+/- 30 km) qu'il croyait déceler entre les principales villes de la Meuse moyenne, de Dinant à Maastricht, émettait l'hypothèse que celle-ci correspondait à une journée moyenne de navigation et attribuait l'émergence de ces localités à l'activité de marchands, principalement frisons.


Cette idée allait connaître un immense succès. On la retrouve encore çà et là, et pas seulement dans des ouvrages de vulgarisation.


Or, on ne croit plus beaucoup aujourd'hui aux marchands frisons comme facteur déclencheur de l'urbanisation mosane, même s'ils ont effectivement fréquenté la Meuse à partir de leur grand port de Dorestad. La situation est sans doute beaucoup plus complexe.


Un autre grand historien, Georges Despy, a réagi en faisant remarquer que l'intervalle des 30 kilomètres entre deux étapes de batellerie supposées ne vaut qu'entre Dinant, Namur et Huy et ne se retrouve plus en amont de Dinant ni en aval de Huy, ce qui n'est pas sans poser problème. Il a souligné le danger des extrapolations chronologiques et géographiques (supposer pour toutes les localités considérées un développement synchronique dû à un même facteur), et a plaidé pour que l'on étudie chaque localité comme un cas de figure spécifique. Il a surtout insisté sur l'importance des marchés régionaux qui sont nés là où les routes terrestres traversent le fleuve, au contact de zones économiquement complémentaires, comme la Hesbaye et le Condroz.

Jean-Louis ANTOINE

 

 

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